Christine Van Den Bosch (Editions VDB) : « Pour savoir où va le marché des livres audio en France, attendons l’année prochaine !».

Voici une belle aventure familiale et l’exemple type de l’activité artisanale à la croisée des chemins.
Les éditions VDB ont commencé par publier des romans en gros caractères (qui demeure l’activité principale avec 66 titres par an), puis le livre audio est venu compléter l’activité il y a dix ans. Il représente aujourd’hui 1/5e du chiffre d’affaire.
Dans cet entretien téléphonique, depuis le village du Vaucluse où elle travaille, Christine Van Den Bosch nous offre une vision passionnée de son activité tout en restant lucide sur les évolutions en cours.

LivreAudio.Info : VDB est une entreprise qui a de très bons résultats depuis longtemps. Qui sont vos clients ?

Christine Van Den Bosch : Notre premier marché, ce sont les collectivités (bibliothèques municipales, centre départemental de prêt, maisons de retraites, hôpitaux…), les mêmes que pour les livres en gros caractères.
Quelques libraires nous distribuent, même si je trouve qu’ils ne jouent pas vraiment le jeu.
Enfin, avec le site web, nous avons une petite clientèle de particuliers, mais la plupart prennent contact avec nous via la carte postale que nous glissons dans chaque coffret.
Le site me sert plutôt de vitrine, pour exposer nos nouveautés deux fois par an, même s’il est maintenant possible de commander.
Notre activité connaît des pics au moment de Noël, ou au moment des fêtes comme la fête des mères.

Votre spécialité, ce sont donc les romans ?

Christine Van Den Bosch : Oui, nous faisons du roman populaire. Je repère les titres qui ont été « best sellers » dans les catégories « romanesque » et « terroir ». Je me cale sur les meilleures ventes du marché et sur ce que nous faisons dans le livre en gros caractères.
Nous sortons au total 24 titres par an : douze en mars / avril et douze en septembre / octobre.
Nos principales maisons d’édition sont Albin Michel, Laffont et les Presses de la cité.

Votre public a-t-il un profil particulier ?

Christine Van Den Bosch : Actuellement le public est féminin (à 75%). Arnaud Mathon (Livraphone) dit même qu’elles ont plus de 45 ans à en juger par les clients de sa librairie. D’où l’intérêt pour le romanesque.

Pourquoi dites-vous que les libraires ne vous aident pas beaucoup ?

Christine Van Den Bosch : Les libraires ne savent pas où nous mettre. Ils n’ont pas de place ! Regardez dans les FNAC par exemple, la plupart des livres audio se trouvent en-dessous des tables. Il faut littéralement se mettre à quatre pattes pour voir un rayon d’un mètre linéaire maxi !
Ils disent qu’ils ne veulent pas développer le livre audio parce qu’ils estiment que ce n’est pas rentable. Mais ça n’a pas de sens ! Si on ne laisse pas un produit se développer, il ne deviendra jamais rentable, c’est un cercle vicieux !
A contrario voyez la FNAC Montparnasse, qui a un très beau rayon de livres audio. Il doit y avoir deux tables complètes de livres audio, et c’est rentable !
Mais attention, je suis convaincue que le problème ne vient plus du nombre de titres disponibles. C’est le marché qui reste petit.
J’en veux pour preuve que France Loisirs s’était lancé dans le livre audio en nous passant commandes pour de grandes quantités. Malgré leurs 4 millions d’adhérents, quelques 70 références au catalogue, et un CA qui dépasse de 20% leurs prévisions, leurs commandes ont diminué.
Personnellement, j’y vois la preuve que le marché reste encore confidentiel à ce jour.

Pourtant, dans d’autres pays, ça marche bien !

Christine Van Den Bosch : A croire que les français sont plus lents à la détente (rires) !
Ici, nous n’avons pas cette mode des extraits qui existe aux USA. Là-bas, les gens écoutent une version abrégée d’un texte, pour pouvoir ensuite dire qu’ils le connaissent.
En Allemagne ou en Angleterre, les éditeurs sortent leur livre en même temps en version papier et version audio. Je ne connais pas un gros éditeur français qui ferait cela.
Enfin il y a le facteur prix, car un coffret CD est plus cher que le livre.
Maintenant que faire pour sortir de ce carcans ? Je n’en sais rien !
Sauf que, grâce au MP3, le livre audio sera au même prix que le livre papier.

Studio montage (VDB)

Avec le format MP3, vous espérez provoquer un déclic psychologique du style : pourquoi ne pas essayer la version audio de ce livre puisque c’est le même prix ?

Christine Van Den Bosch : Oui, quelque chose comme cela. Actuellement, les français n’ont pas encore le réflexe livres audio, sauf à être concerné, en tant que mal-voyant ou grands conducteurs. Vous devez débourser 30 à 35 euros pour un livre audio, c’est peut être pas à la portée de tout le monde. Si autant de gens se tournent vers le livre de poche, c’est pour une raison prix.
Mais les résultats sont intéressants. Par exemple, moi, je compresse à 192 kbits/seconde maximum. Ça donne « L’arbre de vie » de Christian Jacq, en 2 CD MP3 pour 22 euros, alors que c’est actuellement un coffret de 12 CD (14h d’écoute) pour 52 euros.

Avec le MP3, vous pensez rester sur support CD ou en profiter pour passer au téléchargement ?

Christine Van Den Bosch : Le support CD restera, ainsi qu’un coffret carton.
Le téléchargement risque d’obliger à compresser à nouveau un son qui l’est déjà. J’ai des doutes sur la qualité sonore finale. Plus on compresse, moins c’est bon, et ça s’entend !

Qui sont vos narrateurs, les auteurs eux mêmes ?

Christine Van Den Bosch : Non. Ce que nous avons fait avec Marc Levy était une exception. En général, ce sont des comédiens peu connus, mais de grand talents. Certains sont de la région, d’autres viennent de Paris. Les comédiens connus se paient très chers et je veux garder un prix acceptable.

Pensez-vous que vos clients achètent avant tout le titre ? L’auteur ? Le narrateur ?

Christine Van Den Bosch : Je crois que c’est l’auteur qui prime. J’ai déjà pris un Christian Signol sans avoir lu le livre. Si c’est un inconnu, j’attends que ce soit l’éditeur qui me le conseille pour le lire.
C’est pas toujours aussi évident que pour Mary Higgins Clark, que je n’ai même pas besoin de lire. Je le prends sans souci (rires) !
Mais j’ai aussi fait paraître des premiers romans qui avaient bénéficié de campagnes publicitaires importantes. Comme Harlan Coben. Nous avons sorti son premier et c’est un romancier qui marche toujours autant.

De manière générale, comment voyez-vous évoluer le secteur du livre audio ?

Christine Van Den Bosch : Je ne sais pas trop ce qui va se passer. De grosses maisons d’édition commencent à se mettre sur le marché, comme Gallimard, actuellement, qui me fait l’effet d’être un ogre en essayant de s’octroyer certains auteurs que j’ai l’habitude de publier !
Ce qui vient de m’arriver avec Marc Levy est un bon exemple.
Ça faisait trois mois que j’attendais la réponse pour sortir de nouveaux titres de lui. L’année dernière, il était venu enregistrer ici, en Provence. Ça s’était très bien passé. J’ai sorti un très bon coffret, j’étais contente de moi, il a été applaudi par pas mal de monde. Et, selon la rumeur, il aurait été sollicité par Gallimard. On m’a fait comprendre que Marc Lévy préfèrerait peut être associer son nom à une maison aussi prestigieuse….Et toc !
Mais ces jours-ci, je viens d’apprendre que nous avons tout de même obtenus les droits en livre audio pour son dernier titre « La prochaine fois ».
Quant à Gallimard, ils vont ressortir une version CD de « Et si c’était vrai » que nous avions déjà publié en cassette il y a cinq ans.
Quant à France loisirs, pour le moment nous travaillons avec eux, mais qui nous dit qu’ils ne deviendraient pas éditeur de livres audio dans le futur ?

Donc, en ce moment, le secteur bouge !

Christine Van Den Bosch : Ca bouge, très vite même, mais il faudrait refaire un point dans un an. Ça pourrait retomber tout aussi vite, comme un soufflet.
Gallimard a décidé de lancer une quarantaine de titres par an, tirés entre 2000 et 3000 exemplaires, une campagne publicitaire énorme, des mises en place en librairie avec paiement en neuf mois… Tout cela, en tant que petit éditeur, nous ne pouvons nous permettre de le faire.
Mais si, dans neuf mois, les libraires retournent les ¾ des marchandises, ça va leur faire mal.
Il n’est pas sûr que le marché grandisse autant et aussi vite.
Jusqu’à présent, avec les autres maisons d’édition (Livraphone, Editions des femmes), on ne se marchait jamais sur les pieds. Chacun avait son style d’ouvrage. Il faudrait que ça dure comme cela.
Entre temps, je vois que les droits augmentent de 30%. Que je dois augmenter mes tirages (au-delà des 500 ou 1.000 habituels) mais sans augmenter mes prix de vente.
Aujourd’hui nous avons notre petit marché, une clientèle fidèle, et nous travaillons avec les collectivités. Mais moi je crois que si de gros éditeurs se mettent à faire des livres audio, nous disparaîtrons. Ils nous avaleront tous les droits.
Pour moi, c’est « Wait and see ». Rendez-vous dans un an. Et j’ai toujours dit que je ne continuerais les livres audio que tant que cela serait rentable.

Pour terminer, quels seraient les trois ouvrages que vous aimez le plus et que vous nous recommanderiez ?

Christine Van Den Bosch :
1/ « 7 jours pour une éternité » Marc Levy
2/ « L’empire des loups » Jean-Christophe Grangé
3/ « Cette vie ou celle d’après » Christian Signol

(Propos recueillis par Denis Lacassagne le 29 juin 2004)

La vue depuis les bureaux (VDB)

VDB, une maison d’édition familiale située en plein cœur de la Provence, entre cigales et cerisiers.

Les éditions VDB sont nées en 1985 en diffusant des romans grands public écrits en gros caractères. M. Van Den Bosch (père) compléta l’activité il y a onze ans avec les livres en version audio, qui représentent aujourd’hui 20% du Chiffre d’Affaires (qui frôle le million et demi d’euros, dix millions de francs).
VDB est le prototype de l’entreprise familiale qui emploie quatre de ses membres, plus trois salariés et un commercial (bientôt deux).
Toute la chaîne de production est assurée sur place, depuis leur village de La Roque sur Pernes, dans le Vaucluse !
Deux employés se relaient pour les enregistrements numérique (« direct-to-disk »), Christine Van Den Bosch, 35 ans, fait les montages (sur « Sonic Solution »), duplique les « Master CD » (trois robots tournent 24h/24 pour produire 1.200 CD par jour), réalise les jaquette et, bien sûr, négocie les droits.
Les locaux sont entourés de cerisiers, et maintenant que la température dépasse 30 degrés, les cigales sortent. «Les gens vont croire qu’on ne travaille jamais !», s’exclame Christine Van Den Bosch.

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