« La prochaine révolution du guide de voyage, c’est le guide audio ! »

Pour Marlène Duroux et Olivier Maisonneuve, la création d’entreprise était un objectif. Manquait l’idée. C’est en voyageant qu’ils se rendent comptent que lire un guide de voyage, tout en visitant le Canal des seigneurs à Amsterdam, c’est ni pratique ni agréable. Marlène lisait à voix haute. C’était Olivier qui en profitait ! L’explication était bien synchronisée pour lui mais elle ne voyait rien,le nez plongé dans le bouquin. Le concept « Métrophone », guide audio était né !

Marlène Duroux : « Nous sommes exactement comme un guide classique. Nous disposons d’une durée de plus de 3h, et nous nous positionnons sur le même créneau qu’un guide classique, avec des informations culturelles, les infos utiles, les anecdotes…. La personne doit pouvoir partir avec notre guide Métrophone et être autonome. Les quartiers, les infos pratiques et des arrêts sur les sites majeurs, tout y est ! Nous donnons des informations sans forcer les gens à regarder à droite, puis à gauche, et ainsi de suite. Pour Paris, nous avons des balades, des endroits insolites et puis bien sûr, des arrêts sur Notre Dame de Paris et sur la Tour Eiffel. Les mêmes informations que vous pourriez lire dans un guide papier. »

L-A.Info : L’idée de vous lancer ne vous est donc pas venue d’une observation du marché américain. ?

Marlène Duroux : Non, c’est venu après, pour nous donner confiance avant de nous lancer ! Avec Olivier, nous cherchions un concept qui nous permettrait de nous mettre à notre compte ensemble, et nous sommes restés sur le concept des voyages. L’audio est venu ensuite, pour ses qualités propres. C’est un fabuleux vecteur pour raconter des histoires, faire passer des émotions mieux que ne peut le faire un guide papier. Nous sommes restés des gamins, et nous aimons autant raconter des histoires qu’en entendre !

L-A.Info : Depuis que vous avez créés cette entreprise, vous devez vous charger de beaucoup de choses : trouver l’information, la sélectionner, la formater au support audio. Qu’est-ce qui vous accapare le plus ?

Marlène Duroux : L’accès aux informations en fait. Les bases de données sont à la fois accessibles et de taille imposante. On peut avoir accès à tout ce dont on peut avoir envie. On a mis énormément de temps à formater nos séquences.

L-A.Info : C’est à dire, trouver votre style ?

Marlène Duroux : Deux choses en fait. Oui, trouver notre style, mais aussi trouver la taille des séquences. C’est à dire, trouver le « produit » que nous allions proposer. En radio, un « papier » c’est environ une minute. Au bout de deux minutes, c’est difficile de conserver l’attention. On introduit des idées, des concepts différents, trop d’angles… Il fallait que nous restions sur des formats courts. En même temps, on ne peut pas traiter la description d’un quartier comme celle d’un musée. Il nous fallait donc créer des formats. De quoi a envie notre client ? Une info courte, un papier plus long ? Il a fallu faire des choix et même des tests. Nos amis en ont pris plein les oreilles pendant au moins un an !

L-A.Info : Avec le CD, vous fournissez aussi un petit guide papier. Ça aussi c’est du travail !

Marlène Duroux : Oui, c’est un ensemble de plans, où chaque lieu est répertorié par un numéro pour pouvoir retrouver la bonne section rapidement sur son baladeur. Nous avons aussi ajouté les informations pratiques, adresses, numéros de téléphone, horaires des visites. C’est vrai qu’au début nous avions commencé à préparer un vrai livre, que nous voulions vendre en librairie, avec photos, illustrations et nous aurions mis le CD à la fin. Mais nous, ce que nous voulions réellement faire, c’est de l’audio.

L-A.Info : Pourquoi spontanément n’avez-vous pas pris contact avec un éditeur de guides de voyages papiers en lui expliquant que vous vous chargeriez de réadapter son contenu au format audio ?

Marlène Duroux : Parce qu’au début, notre projet à deux c’était notre aventure que nous avions envie de vivre comme cela, en indépendant, en faisant nos propres choix ! Nous avons tous deux eu nos expériences de salariés ailleurs et nous avions envie de prendre nos propres décisions. Je ne pense pas que le résultat sera meilleur si nous laissons le bébé à quelqu’un d’autre. Et puis il ne faut pas oublier qu’avant de sortir le guide de Paris, nous n’avions rien à vendre. Maintenant oui, et nous avons une certaine expertise et légitimité pour intéresser une boîte. Nous sommes d’ailleurs en train de développer des partenariats…

L-A.Info : Beaucoup de préparation donc.

Marlène Duroux : Nous avons fait beaucoup d’essais, d’enregistrements, écouter ce qui marche, ce qui ne marche pas. Et puis enfin il y a le style. Quel est notre style en fait ? On voulait de l’information culturelle, d’accord mais comment le rendre accessible. Comment rendre l’Histoire de France accessible sans la dénaturer ?

L-A.Info : Vous vouliez éviter la caricature ?

Marlène Duroux : Oui, et pour l’éviter, nous avons décidé de parler « comme dans la vraie vie ». Imaginez que vous alliez passer un week-end chez un ami français qui vit à Londres. Il va vous raconter comment se passe sa vie dans cette ville qu’il connaît bien parce qu’il l’aime. Donc pas de voie passive, pas de mots compliqués. Avec Olivier, nous lisons à voix haute, l’un en face de l’autre, pour nous « parler » le plus possible. C’est ça qui a été le plus difficile : trouver le ton, trouver le style, trouver le format, et enfin trouver l’information adéquate.

L-A.Info : C’est à dire ?

Marlène Duroux : L’information audio ne se prête pas bien aux informations pratiques, ni même aux dates. En revanche, elle est parfaite pour les histoires, les récits. Pour cela il faut faire une sélection, « angler » ses sujets, ne pas se perdre dans les détails, ne pas hésiter à rappeler deux fois une idée. Ça rejoint l’écriture journalistique radio.

L-A.Info : Mais pourquoi ne pas avoir suivi un conférencier lors d’une visite guidée en ville, tout en l’enregistrant ?

Marlène Duroux : Un conférencier, ça m’endort. J’aime le côté audio parce que c’est pratique. L’information passe très bien. C’est très agréable. Je suis accro aux audio-guides dans les musées. Il y a quelques très bonnes surprises. Il y en a d’autres qui sont pompeux, poussiéreux, pas encore remis au goût du jour.

L-A.Info : J’aime bien les photos de votre dossier de presse, car elles montrent les consommateurs en situation : regarder un monument en ayant les explications dans les oreilles, choisir son parcours à partir des lieux signalés dans le plan, écouter à deux… Tous les schémas d’utilisation sont encore à explorer !

Marlène Duroux : Oui. C’est vraiment le début. Nous vendons sous deux versions : par téléchargement (chez Voolume, Numilog et bientôt sur Audible et iTunes…) et en version physique CD mp3 (sur notre site, Fnac, Amazon, Livraphone, Alapage, Chapitre, Lire en Tout Sens…). Les guides sont divisés en 2 parties : une partie pour découvrir la ville, son histoire, son mode de vie et des informations pratiques, et puis une partie pour visiter avec des balades, des visites de sites et des interviews thématiques. Nous n’imposons aucun circuit puisque l’auditeur peut passer d’une séquence à l’autre en se repérant grâce au plan qui est fourni.

L-A.Info : Avez-vous des retours d’expérience de vos clients ?

Marlène Duroux : Nos ventes se partagent à 50/50 entre vente physique et téléchargement. En général ce sont des gens de Paris ou Région Parisienne qui achètent, surtout lorsqu’ils doivent recevoir des amis et leur montrer la ville. Ce qui est amusant, c’est que nous avons conçus les guides métrophone pour écouter sur place, lors de la visite, et finalement beaucoup de nos clients nous disent qu’ils écoutent nos guides chez eux, d’une seule traite. Pas du tout comme on le pensait. Et puis, nous pensions que notre public serait constitué de jeunes urbains internautes. Eh bien pas uniquement, nos guides intéressent aussi les utilisateurs « historiques » du livre audio.

L-A.Info : L’aventure est donc partie pour durer ?

Marlène Duroux : Cela fait deux ans que nous y pensons. Nous étions tous deux salariés. La boîte a été créée fin décembre. Maintenant nous y sommes à temps plein. Après Métrophone Paris en français, nous sortons Londres et Rome fin octobre. Et nous passons aux traductions en anglais qui sont en cours. New York et Venise sont prévus pour décembre. Je voyage, je fais ce qui me plait !

L-A.Info : Est-ce que vous avez besoin d’aide ? Est-ce que vous voulez lancer un message particulier ?

Marlène Duroux : Ce serait bien que les libraires soient moins frileux, qu’ils acceptent de prendre des livres et des guide audio. Mais aujourd’hui notre priorité, c’est de trouver des partenariats financiers pour développer notre catalogue de guides.

L-A.Info : Pour vous, le salut est dans le monde physique ou Internet ?

Marlène Duroux : Je crois en Internet. Le guide audio est un excellent format pour cela. Le réflexe viendra aussi pour les français. Vous savez, pendant longtemps, il n’y a eu que les guides bleus et verts, puis a déboulé Le Routard. A partir de là tout a changé. La prochaine révolution, c’est le guide audio !

Propos recueillis par Denis Lacassagne entre le 9 Août et le 2 octobre 2006

Marlène Duroux, 29 ans, a fait des études en droit public, sciences politiques puis communication. Journaliste, elle a travaillé en presse écrite et télévision.
Olivier Maisonneuve, 29 ans, a suivi un double cursus, en école d’ingénieur et de commerce. Il commence sa carrière dans les Télecoms, puis chez Gaz de France.
Tous deux ont créé Les Guides Métrophone fin 2005 pour assouvir leur passion du voyage.

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