Marc Wittmann (www.lelivreaudio.com)

Marc Wittmann (www.lelivreaudio.com) : « Nous sommes tributaires du déploiement des lignes Internet à haut débit »

Bien avant que les grandes plate-formes de téléchargement musical ne soient d’actualité, Marc Wittmann avait déjà lancé www.lelivreaudio.com et proposait donc des fichiers audio de bien plus grande taille !
L’entreprise n’a pas encore atteint la rentabilité, mais Marc Wittmann est le prototype du pionnier : il est passionné, entreprenant et croit mordicus à son projet. Une seule question suffit pour déclencher un flot d’idées…

Marc Wittmann : Notre activité Livres Audio a commencé dès l’an 2000 sous la forme de boutique en ligne, revendant cassettes et CD du catalogue des distributeurs officiels suisses.
Déjà, nous regardions de près le déploiement des lignes à haut débit en Suisse en attendant le bon moment pour lancer un service de téléchargement.
C’est en novembre 2003 que je me suis lancé dans le téléchargement. Je crois qu’à l’époque nous étions les premiers à proposer ce service dans le monde francophone.
Aujourd’hui, nous proposons un catalogue d’un peu plus de 100 titres/produits.
Nous offrons la possibilité de télécharger l’ensemble des fichiers correspondant à une section du catalogue. Nous avons par exemple toute la rubrique « Vie pratique » intégralement achetable en sélection livrée directement avec l’achat d’un iPod.

Au bout d’un an, quel est votre bilan ?

Marc Wittmann : Le site est en croissance mais toujours pas rentable.
La majeure partie de la clientèle est nord-américaine, aidée en cela par notre excellent positionnement sur Google (essayez avec le mot-clef « livre audio »…).
De plus, là-bas, l’internaute est habitué à payer avec une carte de crédit ou à utiliser le système de paiement par e-mail www.paypal.com .
Enfin, nous savons que nous resterons tributaires du déploiement des lignes haut débit en Suisse comme ailleurs.

Est-ce qu’il a été facile de construire votre catalogue ?

Marc Wittmann : La genèse de www.lelivreaudio.com a représenté une année de contacts. Il a fallu identifier les acteurs de ce milieu, faire des propositions, des échanges de contrats, etc. Actuellement, cinq maisons d’édition de livres audio nous font confiance et en plus nous avons décidé d’éditer sous notre nom.
Nous avons signé avec Coffragant (Québec), Autrement Dit (Belgique), Le Livre qui parle (France) et d’ici peu La main multiple (romans policiers) et Livrior.
J’espère pouvoir travailler avec des éditeurs suisses. En fait, je souhaite travailler avec un maximum d’acteurs. Je n’ai pas peur d’avoir un choix pléthorique même si cela nous oblige à gérer des serveurs très chargés et à payer pour une bande passante très large.
Je discute depuis longtemps avec Livraphone. Si nous pouvions travailler avec eux , ce serait extraordinaire parce que ce sont des spécialistes et ils ont un catalogue de plusieurs centaines d’œuvres.

Et vous avez déjà d’autres projets en tête !

Marc Wittmann : Oui ! Dès que possible, nous voulons proposer des magazines lus.
C’est ce que nous avons proposé à « Ciel & Espace » ainsi qu’à « Science & Vie » : faire une sélection mensuelle de leurs articles et en faire une version audio.
Nous prendrions en charge la production artistique, nous fournirions le produit fini. Ça serait alors une rubrique scientifique de qualité, en audio, mensuelle et francophone. L’auditeur la télécharge sur son PC puis son baladeur MP3 et il peut l’écouter durant ses trajets, c’est vraiment intéressant !
Un autre projet consisterait à démocratiser la production, car beaucoup d’acteurs ou d’auteurs sont intéressés par la production d’un produit audio. Or, vous savez qu’aujourd’hui, on peut produire en qualité professionnelle avec très peu de moyens.
Aujourd’hui un système « Direct to Disk », avec logiciel de montage audio, un bon micro de studio… nous pouvons le proposer en pack pour environ moins de 500 euros !
Les gens pourront donc s’auto-produire puis distribuer leurs productions via notre canal et aussi vendre sur support CD puisque nous graverons les CD à la demande, y compris les CD MP3, qui contiennent 10 CD audio traditionnels.

J’ai l’impression que vous en êtes arrivé au stade où tout est maintenant une question de droits ?

Marc Wittmann : Nous ne sommes pas dans une position qui nous permet de procéder à des achats de droits de best sellers. Nous diffusons ceux qui appartiennent à d’autres éditeurs.
Vous savez, j’ai tenté l’expérience de cession des droits en tentant d’obtenir « Le Seigneur des Anneaux », via Christian Bourgois, éditeur à Paris qui détient les droits pour le monde francophone. Finalement, les ayant-droits de Tolkien n’ont pas souhaité poursuivre.
Mais bon, il y a tellement de littérature de qualité libre de droits (l’auteur est décédé il y a plus de 70 ans) que ça vaut la peine d’exploiter ces fonds là.
Pour nos propres titres, nous commencerons donc par ces textes libres de droits avec les acteurs qui seront intéressés, et je me financerai sur la marge finale qui sera plus importante que si j’étais simple distributeur (30%).

Du coup, vous devez être présent sur plusieurs fronts à la fois ?

Marc Wittmann : Je fais un peu de tout : du montage, de la production, de la recherche de partenaires… Je manque de temps ! Il faut être flexible sur les horaires, commencer par les travaux difficiles et terminer par ceux qui ne nécessitent pas de concentration. J’ai déjà tenu plus de 15 heures d’affilées, même 30 heures une fois !
Je suis soutenu par la famille, par exemple pour la comptabilité.
Je suis donc en même temps dans les niveaux stratégiques, tactiques et opérationnels ! C’est d’ailleurs dans l’opérationnel que je passe le plus de temps.

Le site « LeLivreAudio.com » est-il désormais votre principale source de revenu ?

Marc Wittmann : Non, il est toujours en quête de rentabilité. C’est l’agence de communication et l’activité de conseil informatique qui sont rentables. Je distribue un logiciel de reconnaissance vocale que je trouve très fiable, « Dragon Naturally Speaking ». Je vise les cabinets d’avocat par exemple qui peuvent dépenser plusieurs milliers d’euros.
Mais chaque mois, LeLivreAudio.com reçoit 500 visites uniques pour des milliers de pages vues. Le panier moyen est de 10 à 15 euros par achat, puisque le client peut acheter à l’unité, sans s’abonner.
On vit modestement, mais on vit. Je savais que le retour sur investissement de l’activité Distribution serait de deux ans au minimum. Quant à l’activité d’Edition, compte tenu des ventes en petites quantités, la rentabilité n’est atteinte qu’au bout de 5 à 10 ans.

Vue du lac de Bienne (Marc Wittmann)

Mais le long terme ne vous fait pas peur, puisque vous avez encore un autre projet !

Marc Wittmann : Oui, j’aimerais créer une association mondiale qui représenterait les intérêts de la branche du Livre Audio. Je l’ai appelée WAPEDA : Worldwide Association of Producers, Editors and Distributors of Audiobooks. Nous pourrions discuter des méthodes de production, du piratage… J’en suis aux consultations juridiques.
A ce sujet, je voudrais saluer le lancement de Audible avec France Loisirs. Je leur souhaite bonne chance. Je suis pour la multiplication des acteurs sur ce marché !

Quels sont les trois titres de livres audio que vous recommanderiez particulièrement ?

Marc Wittmann :
1/Correspondance de Gustave Flaubert En écrivant Madame Bovary (Autrement Dit)
2/ Dieu ? Albert Jacquard vastes sélections lues par l’auteur, de Coffragants
3/dans le cadre de l’anniversaire de sa mort en 1905, De la Terre à la Lune (1) et Autour de la Lune (2) de Jules Verne soit plus de 600 minutes en mp3 produites par les éditions www.lelivreaudio.com

(Propos recueillis au téléphone le 22 septembre 2004 par Denis Lacassagne)

Marc Wittmann, 33 ans, vit en Suisse, à Biel-Bienne, dans la région du lac de Bienne(où Jean-Jacques Rousseau s’était réfugié, précise-t-il). Cette agglomération de 80.000 habitants se caractérise par un bilinguisme au quotidien (30% suisses romands, 70% suisses alémaniques) et par deux marques de montres célèbres : Oméga et Swatch.
Après des études de lettre puis de commerce et marketing, Marc Wittmann crée sa première entreprise à 21 ans. Son idée : vendre des ordinateurs à tempérament (location avec option d’achat), partant du principe que l’ordinateur est un bien de consommation courante, ce qui était une idée révolutionnaire en 1992 !
Il a ensuite multiplié les expériences dans le secteur multimédia pour finalement fonder une petite agence de services en informatique et communication d’entreprise www.globocom.com.

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