Ronald Wood (De Vive Voix) Histoire, Sciences, Littérature… « Des émotions et des savoirs vivants » !

Ronald Wood fait le pari d’entraîner l’auditeur sur des terrains réputés ardus. Pour y parvenir, il introduit le facteur humain là où domine le rationnel. Il convainc des chercheurs, spécialistes de leur domaine, de relever le défi de la vulgarisation et se met à leur côté en studio. Les collections « De Vive Voix » peuvent nous faire revenir sur la naissance de l’empire romain comme sur celle des trous noirs de la galaxie, le tout par séquences de 20 minutes !

Ronald Wood : Dans tous les enregistrements que je produis, je tiens à ce que le rythme soit syncopé, bien adapté au contexte de l’écoute en voiture, à la mobilité… à un trajet en ville par exemple. Les CD durent généralement plus d’une heure, mais je fais en sorte de les diviser en séquences d’une vingtaine de minutes.
Par exemple dans la catégorie Littérature, je propose des contes ou des nouvelles, plutôt que des romans en douze cassettes. Personnellement, ceux-ci me tombent des mains à la première demi-heure !
Un autre format, c’est celui que nous développons également avec le musée du Louvre, sur la base des meilleurs lectures publiques qu’ils organisent dans leur auditorium. C’est dans ce cadre que nous avons enregistré les « Lettres et journaux » de Champollion en Egypte, lues par Daniel Mesguich.
Mais l’essentiel de mon catalogue est représenté par les rubriques « Histoire » et « Sciences ». L’idée consiste à demander à un chercheur de faire le point sur son sujet d’expertise en une heure, une heure et quart. De manière vivante et très dense. C’est toujours le chercheur lui-même qui parle et le contenu est donc toujours inédit.

Mais est-ce que tout est improvisé ?

Ronald Wood : Il y a un degré d’improvisation qui est nécessaire pour que le résultat soit vivant. Mais au départ c’est toujours très structuré, avec un plan qui peut être très détaillé. Je me souviens que Jean Louis Biget, l’historien qui a enregistré « Peste » et « Cathares » était arrivé avec soixante pleines pages, seulement pour le plan ! Bien sûr il ne s’est pas servi de tout. En fait, il avait deux niveaux de plan, celui qui était général renvoyait à des pages derrières. Tout n’a pas été lu bien sûr !
Mais c’est vrai que les enregistrements sont denses. Mon ambition est qu’ils puissent être écoutés de nombreuses fois. Même moi, qui doit les ré-écouter à plusieurs reprises par la force des choses, je découvre toujours de nouvelles choses !

Est-ce que vous intervenez dans ce qu’ils disent ou est-ce que vous leur laissez carte blanche ?

Ronald Wood : Au tout début, j’avais des scrupules à intervenir. En fait, j’interviens surtout au moment de définir de manière exacte le sujet. Nous y passons parfois beaucoup de temps. Avec l’historien Joël Cornette, nous avions un temps envisagé de traiter des différentes résidences royales : Chambord, etc. Et puis nous nous sommes finalement centrés sur Versailles qui, à lui seul, permet de comprendre la monarchie de Louis XIV.

Depuis trois ans que De Vive Voix existe, vous vous attaquez à des sujets ardus. Mais vous arrivez à mettre la main sur des « pointures » pour les traiter. Comment y parvenez-vous ?

Ronald Wood : C’est le hasard des rencontres dans une grande mesure. Le plus dur a été de commencer.
Mon premier titre a été celui de Michel Winock, qui avait été mon prof à Sciences Po. Même des années plus tard, je me souvenais très bien de son cours sur Mai 68. Je le lui ai dit et il a accepté de l’enregistrer chez moi. Les autres sont venus peu à peu.
Pour les rubriques Sciences, je me suis appuyé sur mon associé, Marc Lachieze-Rey, qui a enregistré le disque sur les galaxies.
Mais il y a des gens que je suis allé chercher, que j’ai contacté de but en blanc (silence) J’adore convaincre !

Et sur quels points demandent-ils à être convaincus ?

Ronald Wood : En général ils sont séduits par le côté inédit du format. L’idée de vulgariser ce qu’ils font, d’avoir un nouveau public qu’ils n’auraient pas atteint avec un livre. J’ai seulement essuyé deux refus.
La clé, c’est de leur assurer une diffusion. Les rassurer sur le fait que le reste du catalogue ne va pas les mettre mal à l’aise en les plaçant à côté de gens qu’ils ne respecteraient pas.
La difficulté c’était vraiment au tout début. Leur dire quelle était mon idée. Ce sont les premiers qui ont pris un risque.

Une fois le sujet cadré, comment travaillez-vous avec ces chercheurs ? A quel type de public pensez-vous, par exemple ?

Ronald Wood : Il faut que tous les titres soient accessibles et libres de jargon , ce qui est encore plus important pour les Sciences. Les auteurs ne s’adressent pas à des collègues qui attendent des notes de bas de page. Je leur demande une synthèse aussi complète que possible sur un sujet. Il faut que ça tienne de manière cohérente dans ce format limité dans le temps. Il faut que le ton ne soit ni pontifiant ni soporifique. Sur le reste, ils ont carte blanche !

Comment arrivez-vous à délimiter le moment où l’explication devient trop compliquée ou trop peu « accessible » ?

Ronald Wood : Pour les sciences, ce qui m’aide, c’est précisément de ne pas être de formation scientifique ! Je me considère comme un bon étalon : quelqu’un de curieux mais sans aucun bagage. Il faut donc que toutes les notions techniques soient « dépliées » comme un papier japonais !
Si je ne comprends pas, j’arrête et je demande des explications. On part de l’idée que tout est exprimable en prose.
Avec des sujets comme la théorie quantique, c’est « limite ». Il y a des domaines où nous ne pénétrerons pas parce que sans formalisme mathématique, on ne peut rien comprendre.

Ensuite, vous entrez en studio avec eux ?

Ronald Wood : Je suis présent à l’enregistrement, et je me mets même en face des gens car je me suis rendu compte que, s’il y a une présence, ça leur évite de se plonger dans une lecture. Tout devient plus vivant avec quelqu’un en face.

Il y a beaucoup de montage après coup ?

Ronald Wood : Enormément. Avec l’ingénieur du son, nous nous disions récemment que si nous avions inventé un filtre à « Euh », nous aurions fait fortune !

Est-ce que votre expérience en entreprise vous aide dans votre travail de producteur ? Est-ce que d’une certaine façon, votre cible n’est pas incarnée par vos anciens collègues ?

Ronald Wood : Je ne sais pas. Peut être… Inconsciemment. C’est vrai que j’y ai rencontré des gens vifs.
Mais non ! En fait, je m’adresse aux gens qui viennent me voir au Salon du Livre. C’est un moment très émouvant. Les gens viennent et me disent qu’ils ont bien aimé. Ils mettent un visage. C’est un public très large.

Un public âgé ?

Ronald Wood : Il y a assez peu de jeunes. Très peu de moins de 25 ans, sauf les étudiants des beaux arts qui viennent en savoir plus sur les graphismes de Paul Cox (qui illustre les jaquettes, NDLR).

Est-ce que vous regrettez que vos produits ne soient pas diffusés en radio ?

Ronald Wood : Si c’est pour que mes titres soient mieux connus, pourquoi pas ! Mais si c’est pour qu’ils ne se vendent plus, je serais bien embêté…

Quel est le futur que vous espérez vivre dans cinq ans ?

Ronald Wood : Que le marché français se mette à niveau des marchés anglo saxons ou allemands. Il y a des Groupes qui s’y intéressent (France Loisirs, Gallimard) et c’est un signe très encourageant. Le téléchargement Internet…
Je suis persuadé que tout ça va se banaliser. Ça ne peut pas être autrement. Une fois qu’on y a goûté, ça remplit une fonction que rien d’autre ne permet de combler. C’est un moyen tellement idéal de ne pas mourir idiot dès que l’on passe du temps en voiture. Et tout le monde passe beaucoup de temps en voiture !

Oui, mais pour vous, pour « De Vive Voix ». Comment vous voyez-vous dans cinq ans ?

Ronald Wood : Cinq ans, c’est encore trop loin (rires ) ! Disons deux ans.
J’aimerais continuer à développer De Vive Voix, avoir de nouvelles collections convaincre de nouveaux clients, disposer de nouveaux canaux de distribution, développer de nouvelles « co-productions »… Bref ce que je tente de faire tous les jours…

Souhaiteriez-vous ajouter autre chose ?

Ronald Wood : Je pense que le meilleur argument pour convaincre les gens curieux de la qualité des titres de nos collections est de les faire entendre, ceci est désormais possible sur notre site www.devivevoix.fr qui propose des extraits de la plupart des CD.

Pour terminer, la question traditionnelle : quels sont les trois livres audio que vous recommandez particulièrement, qu’ils soient dans votre catalogue ou dans d’autres ?

1/ La grande Peste noire

2/ La Matière

3/ Le Hasard/ Michel Piccoli

Curieusement ils sont tous dans le catalogue De Vive Voix…

(Propos recueillis le 12 novembre 2004 par Denis Lacassagne)

Ronald Wood, 46 ans, est né d’un père américain et d’une mère française. Il a toujours vécu en France, sauf une période d’activité professionnelle de 4 ans à Londres, à l’époque où il travaillait dans la Banque et la Finance. Après 15 ans passées dans ce milieu, il décide de revenir vers l’univers littéraire qui avait été le sien durant ses études (Philosophie et Sciences Po Paris) et crée « De Vive Voix » en 2001. A l’origine de son choix pour les thèmes scientifiques, une autre passion, tout aussi ancienne, pour l’astronomie et l’astrophysique (mais du point de vue du profane, précise-t-il).
Il est aidé par son épouse, Julie Wood, Marc Lachièze-Rey, son associé, et s’est constitué un réseau de talents : graphiste, ingénieur du son, auteurs…
Les titres des collections De Vive Voix sont distribués par Les Belles Lettres et France Loisirs.

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