Sylvain Houset, Oui’Dire Editions

Sylvain Houset, Oui’Dire Editions : « Ici, à Grenoble, nous avons la chance de vivre une effervescence autour du Conte »
Voici un genre particulier, à mi-chemin entre les livres lus et le document sonore. Oui’Dire Editions (www.oui-dire-editions.com) est spécialisé dans les contes et récits mythiques. L’enregistrement se fait ici souvent en public, et avec des conteurs professionnels habitués à la scène. L’expérience de Sylvain Houset s’appuie sur l’un des plus grands festivals de Conteurs en France, « Les Arts du Récit », à Grenoble.

Sylvain Houset : A l’origine, « Oui’Dire » était un studio d’enregistrement. A partir de 2002, nous avons réfléchi à l’idée d’enregistrer des professionnels du conte qui travaillent généralement en public. Et nous nous sommes finalement lancés en 2003.

Où étaient les difficultés ?

Sylvain Houset : Il fallait valider le fait qu’il existerait une demande pour ce type de document parlé. Nous, on se place dans le conte, ce qui est encore plus spécifique que le livre lu.

En 2002, ce ne devait pas être évident !

Sylvain Houset : Non. Pas du tout. Nous avons testé le marché à partir d’une collection de la mythologie grecque, qui avait été réalisée en 1998. J’ai prospecté sur la base de cette production et j’ai recueilli les premiers éléments de l’étude de marché. Nous en avons conclu qu’il y avait une demande.

A l’origine, pourquoi avoir choisi ce créneaux du conte ?

Sylvain Houset : C’est une question de hasard et de rencontres en fait. A Grenoble, nous avons la chance d’avoir le festival des Arts du Récit (www.artsdurecit.com ). Il a lieu chaque année aux alentours de mi-mai, sur deux semaines. C’est l’un des plus importants festivals de contes en France. Du coup, nous avons la chance d’avoir, ici à Grenoble, une effervescence autour du conte.

Tout a commencé par le biais d’un projet d’enregistrement pour les arts du récit et la tradition orale dauphinoise. Il fallait enregistrer un CD, des conteuses étaient venues dont Claudie Obin. C’est avec elle qu’on avait réalisé cette collection sur la mythologie grecque et je lui reconnais un véritable talent, celui de transporter à travers ses récits. C’est avec ce type de conteuse qu’on arrive à…Comment dire ? A découvrir le conte et son côté onirique.

Du point de vue technique, comment travaillent vos conteurs ? Est-ce qu’ils improvisent ? Est-ce qu’ils se basent sur des textes, et lesquels ?

Sylvain Houset : Il faut savoir que les conteurs avec lesquels nous travaillons sont vraiment des professionnels. C’est leur métier. Ils vivent du spectacle. Ils se produisent partout où ils le peuvent, des écoles aux salles de spectacle. Nous, nous les enregistrons sans qu’ils n’aient de texte. Ils viennent nous conter dans la plus pure tradition orale.

C’est à dire en public ?

Sylvain Houset : Tout à fait ! C’est souvent enregistré en public, en public restreint. Ça dépend du thème et du répertoire.

Et la source d’inspiration ?

Sylvain Houset : Ils viennent de la tradition orale, parfois de siècles antérieurs. Par exemple les contes « 100% pur chèvres » ou « les histoires fantastiques des Alpes » , sont issus de collectages. ( http://www.oui-dire-editions.com/catalogue.html)
En fait, par ce travail de compilation de la tradition orale, on se rend compte de la capacité des contes à se mouvoir et à voyager.
L’année dernière, nous avions publié « L’épopée de Gilgamesh » (parmi les mythes de Mésopotamie). Là encore, ce sont des contes vieux de 5.000 ans mais qui se sont perpétués, et qui intéressent toujours autant !

Est-ce que vous visez un public particulier ?

Sylvain Houset : Nous souhaitons que celui qui écoute un de nos titres puisse y trouver de l’intérêt, quel que soit son âge. Nous travaillons pour le cercle familial en fait.

Pour écouter en voiture par exemple ?

Sylvain Houset : Tout à fait, et pourquoi pas dans le salon ! Nous avons eu une chronique sur Gilgamesh par une personne qui avait eu l’occasion de le tester sur une population dont les âges s’étiraient de 5 à 45 ans. Il y avait un grand silence pendant l’écoute du disque puis, pendant une heure, le public lançait une batterie de question !

Est-ce que vous essayez de faire tenir vos disques sur des durées précises.

Sylvain Houset : Au moins une heure. Pour avoir le plus d’histoires possibles. Il ne faut pas oublier que le disque est un support relativement onéreux.

Au bout de deux ans d’activité quel est votre premier bilan ?

Sylvain Houset : Nous avons plein de projets. La grande nouveauté, c’est que, depuis un an, nous sommes distribués par Harmonia Mundi www.harmoniamundi.fr . A partir de là, on travaille pour développer notre catalogue.

La distribution est un handicap commun à tous les éditeurs. Vous, grâce au canal Harmonia Mundi, où en êtes-vous de vos ventes ?

Sylvain Houset : C’est difficile à dire. Nous tablons vraiment sur du long terme.

C’est à dire que vous souhaitez vendre quelques centaines d’exemplaires et, au fil des ans atteindre quelques milliers ?

Sylvain Houset : En gros c’est cela.

Mais vous arrivez à en vivre ?

Sylvain Houset : C’est une activité à temps plein, mais je ne me rémunère pas encore. C’est encore un investissement.

Quels sont vos projets pour, disons, les trois prochaines années ?

Sylvain Houset : Je souhaite développer notre catalogue, arriver à une trentaine de titres d’ici trois ans ; avoir une certaine image en France, et pouvoir faire un pas à l’export parce que la francophonie est quand même quelque chose d’important. Il devrait y avoir de quoi faire au Canada, ainsi qu’aux USA.

En ce qui concerne le téléchargement, qu’en pensez-vous ?

Sylvain Houset : C’est encore flou. On y pense mais à tâtons !

Dernière question, traditionnelle, quels sont les trois livres audio (ou document sonore) que vous préférez et que vous recommanderiez ?

Sylvain Houset : 1/ L’épopée de Gilgamesh/Mythes d’Origine de Mésopotamie / Claudie Obin Oui’Dire Editions
2/ 100% pur chèvre / Elisabeth Calandry Oui’Dire Editions
3/ Hors de moi Didier Van Cauwelaert / Lire dans le noir

Sylvain Houset, 29 ans, était déjà amateur de musique lors de ses études de commerce. Au moment d’effectuer son stage de fin d’études, il a prospecté le secteur culturel et est entré en contact avec Pascal Dubois, qui dirige un studio d’enregistrement. Le projet consistait à lancer une collection spécialisée dans les contes et ouvrir les studios aux professionnels qui accourent à Grenoble pour le festival annuel des arts du récit. Les éditons Oui’Dire sont nées en 2003.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *