Thierry Conesa (Livrior) : «Je vise le public nomade, mobile. Le format MP3 est fait pour eux».

Livrior (www.livrior.com) est certainement l’éditeurs de livres audio le plus jeune en France. Thierry Conesa a créée sa SARL en début d’année, et l’a installée dans un village près de Grenoble. A son actif, une longue pratique du média radio puis du multimédia, et un projet qu’il mûrit depuis plusieurs années. Son activité démarre. Il se juge encore fragile et vulnérable. Voici une synthèse de son témoignage.

Autant que je sache, vous êtes l’éditeur de livres audio le plus récent en France ?

Thierry Conesa : Oui, le petit dernier (rires) ! La société n’a que six mois d’existence même si j’ai le projet à cœur depuis longtemps. Depuis quatre ans pour être exact. C’est un projet qui me correspond : j’adore le son, j’ai travaillé en radio, je suis un fou-furieux de lecture, et j’ai travaillé dans les nouvelles technologies. Vous prenez le tout, ça fait Livrior !

Vous en êtes le fondateur et actuellement le seul salarié ?

Thierry Conesa : Oui, et mon objectif est bien d’en vivre. C’est une activité à temps plein.

L’édition sonore est donc votre activité principale ?

Thierry Conesa : Oui. Avec une ligne éditoriale qui ne consistera pas à sortir des romans. Nous aurons trois collections :
* « Histoire et Documents », dont le premier titre est le livre d’Eva Joly sur l’affaire Elf. Actuellement, j’ai, en cours de signature, des documentaires politiques.
* La deuxième collection s’intitule « Aventure et Emotion ». Premier titre : « Lettre à une mère », du Professeur Frydman. C’est un texte plein d’émotions, absolument magnifique, pour lequel nous avons dû chercher longtemps avant de trouver un lecteur approprié. Il y aura aussi des titres dits « adultes », c’est à dire érotiques. J’ai signé fin juin Paul Verguin, et d’autres sont à venir.
* Troisième collection, « Histoires courtes et Vie pratique ». Nous avons commencé avec la Sophrologie que les gens apprécient beaucoup. Mais ici, nous sommes plus dans le registre de l’enregistrement sonore plus que du livre audio. C’est un marché un peu différent. Celui de l’exercice pratique : comment faire ceci ou cela, sur des sujets bien spécifiques.
Enfin, je vais bientôt sortir des histoires courtes. Des nouvelles sont en train d’être enregistrées.
Comme vous pouvez le voir sur le site, nous sommes encore en constitution de catalogue.

Je vois que vous ne ciblez pas le marché des enfants ?

Thierry Conesa : Non, ni particulièrement celui des seniors. Le livre audio pour seniors et personnes non voyantes sont des marchés déjà bien occupés.
Nous ciblons plus le marché des personnes nomades, tous les gens qui se déplacent, qu’il s’agisse de commerciaux, de médecins, de routiers… 30 ou 40 kms de voiture par jour. Il y a aussi ceux qui se déplacent en avion. Tous ces gens-là sont déjà de gros consommateurs de produits audio.

C’est pour cela que vous mettez l’accent sur le format MP3 sur votre site ?

Thierry Conesa : Oui, comme les autoradios MP3. La vente de matériel est anecdotique en terme de chiffre d’affaires, mais je voulais montrer sur le site l’offre matérielle existante.
Quand on parle de livres audio, les gens pensent aujourd’hui au CD et à la chaîne hi-fi. Ça me semble logique de proposer, au public nomade que nous ciblons, les appareils nomades qui sont faits pour lui. Sur le site, nous répondons donc aussi aux questions concernant le matériel.
Le numérique est vraiment pratique ! En tant qu’utilisateur, j’ai une clé USB de 256 Mo, je mets mon livre audio dessus. Plus besoin d’être avec son gros matériel dans le métro. Je pense aussi à une personne qui transporte sa clé USB pour ses exercices de relaxation. « Je peux faire mes exercices quand je veux », me disait-elle.
Et le matériel va encore évoluer au fur et à mesure que la mémoire va augmenter.
Maintenant, c’est vrai qu’il y a une crainte du piratage. Nous même, nous devons en tenir compte dans le développement de notre structure. Comme je me positionne aussi sur le téléchargement, c’est compliqué. Car, avec le numérique, on peut aussi pirater tout ce que l’on veut ! Tous les discours des Microsoft, Apple et autres… pour dire qu’on ne peut écouter que sur leur plate-forme, et sans pouvoir dupliquer ou pirater, c’est faux !

Je trouve que vous en parlez quand même de manière sereine. Un peu comme si vous considériez le piratage comme étant l’équivalent de ce que la grande distribution appelle « la démarque inconnue ».

Thierry Conesa : Complètement ! On peut considérer qu’on a 10% du chiffre d’affaires qui s’envole à cause du piratage. A partir du moment où on le sait, on doit vivre avec… C’est toujours gênant vis à vis des interprètes, des comédiens qui en sont les premières victimes, mais c’est comme ça !

Et ces matériels MP3, est-ce que vous les trouvez adaptés au livre audio qui comporte de longues plages sonores, bien plus longues qu’en musique ?

Thierry Conesa : C’est bien pour cela que je fais des plages relativement courtes ! D’environ sept minutes.
C’est vrai qu’avec la cassette, on pouvait stopper l’écoute et reprendre exactement au même endroit. Tous les lecteurs MP3 n’offrent pas cette fonction « mémoire de plage ». Il faut parfois se dire « j’écoute mon chapitre jusqu’au bout et ensuite je reprends ».

En tant que jeune entreprise, est-ce que cela vous est facile de contacter des éditeurs, des ayant-droits ?

Thierry Conesa : Oui, je n’ai pas de souci de ce côté là. Même les auteurs me reçoivent bien. Dans le cas d’Eva Joly, j’ai appelé Les Arènes, alors que ma société n’existait même pas juridiquement. Je leur ai expliqué mon projet, nous avons négocié et ça s’est signé. Les éditeurs, de manière générale, sont plutôt enthousiastes, les auteurs aussi bien sûr, les acteurs, je n’en parle même pas. Ils sont très heureux de participer à ce type de projet.

Mais dans ce cas là, si tout le monde est aussi enthousiaste, pourquoi n’y a-t-il pas plus de livres audio sur le marché et depuis plus longtemps ?

Thierry Conesa : En fait, parce que la grande question, c’est la distribution. Nous sommes en cours de constitution de catalogue. Les distributeurs nous demandent un catalogue plus volumineux (nous ne nous précipitons d’ailleurs pas) et il est clair que le livre audio ne les fait pas frémir de toute façon. Nous sommes référencés à la FNAC ou dans les bases de données type Electre. Les libraires peuvent donc nous trouver. Quand nous les rencontrons, ils sont d’ailleurs intéressés par nos produits. Nous mettons en place notre stratégie de distribution. Pour l’instant avec le site, ça se passe bien.

Les éditeurs ne vous rétorquent pas que, après réflexion, ils préfèrent se charger eux même de leurs éditions sonores, leur marque étant plus connue que la vôtre ?

Thierry Conesa : C’est ce que fait Gallimard en ce moment et c’est le risque. Mais en général ils considèrent que leur métier, c’est le livre papier. Du moins pour le moment, parce que tout bouge très vite. Cela dit, il n’y a pas beaucoup d’éditeurs de livres audio et je crois qu’il y a de la place pour tout le monde. Je crois être complémentaire de Frémeaux , de Livraphone ou d’autres. Plus nous sortons de titres et plus c’est bénéfique pour tout le monde. Du moins j’espère (rires) !
Je crois réellement que la marge de progression est grande parce que c’est une autre manière de consommer du livre et c’est ce que les gens vont découvrir petit à petit.

Etre en région, pour votre jeune entreprise, est-ce que vous le jugez positif ou pas ?

Thierry Conesa : Si j’habitais Paris, je crois que je n’aurais pas créé Livrior. Je préfère le cadre de vie d’ici. Je ne pense pas que j’aurais reçu la même écoute de la part des banques, la Chambre de Commerce, le Conseil régional et même au niveau de la Culture. Tout cela me semble plus difficile à obtenir sur Paris.
C’est le produit « livre audio » en soit qui n’est pas facile à vendre car c’est un produit culturel qui est considéré comme non existant aujourd’hui en France. Les gens sont donc plus disponibles ici pour en parler.

Est-ce que c’est moins cher de se lancer dans votre région qu’à Paris ?

Thierry Conesa : Pas vraiment, je crois. Le matériel, c’est le même. Les comédiens ont leur prix. Peut être le coût du studio. Sinon, je suis une fois par mois à Paris. J’habite à deux heures et demi de Paris. Je dois aller à la rencontre des gens. Je pars le matin et je reviens le soir !

C’est donc avec des acteurs locaux que vous avez construit votre « business plan » ?

Thierry Conesa : Oui, un plan sur trois ans.

Et comment voyez-vous Livrior dans trois ans ?

Thierry Conesa : Ça, je préfère le garder confidentiel.

Pourquoi ?

Thierry Conesa : « Pour vivre heureux, vivons caché ! » (rires).

Alors, comme toujours pour terminer, quels seraient les trois titres que vous recommanderiez ?

Thierry Conesa : Comme mon catalogue n’en comporte que trois justement, je ne vais pas me gêner pour parler des produits que j’aime bien chez les autres !

* « La première gorgée de bière » de Philippe Delerme, sorti chez Livraphone
* Harry Potter, « La chambre des secrets », interprété par Bernard Giraudeau (Gallimard jeunesse).
* Didier Van cauwelart, « Hors de moi » (Lire dans le noir, et aussi sorti chez VDB)

(propos recueillis au téléphone par Denis Lacassagne le 29 juin 2004).

Thierry Conesa, 38 ans, a créé Livrior en Janvier 2004. Il est gérant majoritaire et seul salarié à ce jour.
Livrior est située à Saint Jean de Moirans, village de 2.400 habitants, à 25 km de Grenoble.
Auparavant, Thierry Conesa a travaillé en Radio locale puis, à partir de 1994, dans les services minitel, audiotel et Internet en tant que directeur de projet, en particulier e-commerce.

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